Là où les vents se caressent, 2019.
Bois, plexiglas, plastique, résine de synthèse.
Dans le cadre de la Biennale de Lyon 2019,
Là où les eaux se mêlent, Usines Fagor, Lyon.
18.09.19 → 05.01.2020

Curator : équipe Palais de Tokyo

Avec le soutien du groupe HASAP. Photo © Blaise Adilon


Chercher l’intrus, Michel Gathier
english below

D'emblée l’œuvre ne coïncide pas avec son environnement, elle n'est qu'un incident qui déjoue l'espace industriel des usines Fagor à Lyon. Dans l'immensité grise du béton et de son architecture utilitaire, Mengzhi Zheng déconstruit le lieu, il en écarte la masse pour enchâsser une structure aérienne par le seul défi de l’intrusion. Voici donc une ode au nomadisme, à la légèreté du volume, à la transparence, à la liberté. Ici l'air circule, tout s'élève en courbe et en douceur. La couleur coule, immatérielle. Elle glisse sur des arcades adossées au vide, les ailes au repos, et déploie avec grâce la nudité de ses lignes. C'est un peu comme si l'on avait délivré Le Corbusier de son enveloppe de béton, comme si un ouragan l'avait déchiquetée.
Car c'est bien d'architecture qu'il s'agit ici. Mais d'une architecture désossée, évidée, livrée au seul jeu de ses sinuosités rythmiques. Et aussi une construction délicate, précaire, encore à l'état de maquette, qui prend et retient son souffle, adossée au flanc de la lourde architecture de l'usine Fagor comme si l'artiste, pour construire, s'acharnait à épurer, arracher à la matière angles et arêtes pour exhiber la pureté du vide. L’œuvre se donne dans son dénuement somptueux, pareille à une yourte dénudée, s'offrant à la liberté de l'espace dans son simple appareil fait de feuilles de plexiglas teintées de lumière, d'articulations sinueuses, de cordelettes et de plastique. Elle se déplie et se déploie dans la promesse d'un envol.
« Là où les vents se caressent »... Le titre de l’œuvre répond par ironie à celui de la Biennale. A lui seul il énonce la sensualité d'un espace quand le vide s'y engouffre et qu'il n'en reste que les seuls fils du dessin. Car Mengzhi Zheng, à l'instar des grands paysagistes chinois, dessine l'espace , avec des fibres de lumière et de brume. Il dessine le vent en recherchant le ciel. Tout ici n'est que modestie, miracle des matériaux pauvres pour célébrer l'immatérialité dont l'artiste est l'humble serviteur.


Search for the intruder, Michel Gathier

From the outset, the work does not coincide with its environment, it’s just an incident that thwarts the industrial space of the Fagor factories in Lyon. In the grey immensity of concrete and its utilitarian architecture, Mengzhi Zheng deconstructs the place, he removes its mass to embed an aerial structure by the sole challenge of intrusion. Here is an ode to nomadism, to the lightness of volume, to transparency, to freedom. Here the air circulates, everything rises in a curve and smoothly. The color flows, immaterial. It slides on arcades leaning against the void, wings at rest, and spreads gracefully the nudity of its lines. It’s as if we had delivered Le Corbusier from his concrete envelope, as if a hurricane had shredded it.

Because it is architecture that is at stake here. But of a boneless architecture, hollowed out, delivered only to the play of its rhythmic sinuosities. And also a delicate, precarious construction, still in the state of a model, which takes and holds its breath, leaning against the side of the heavy architecture of the Fagor factory as if the artist, to build, was determined to purify, to tear away from the material angles and edges to display the purity of the void. The work is given in its sumptuous destitution, like a naked yurt, offering itself to the freedom of space in its simple apparatus made of plexiglass sheets tinged with light, sinuous joints, cords and plastic. It unfolds and unfolds in the promise of a flight.

«Where the winds caress each other»... The title of the work responds ironically to that of the Biennial. It alone expresses the sensuality of a space when the emptiness rushes into it and only the threads of the drawing remain. Because Mengzi Zheng, like the great Chinese landscape architects, draws space with fibers of light and mist. He draws the wind while searching for the sky. Everything here is nothing but modesty, a miracle of poor materials to celebrate the immateriality of which the artist is the humble servant.